Des Nouvelles de la Villederie #7
NEWSLETTER #7
Deux ans se sont écoulés depuis notre arrivée en Creuse, et je suis ravie de partager avec vous les dernières nouvelles de la Villederie dans cette 7eme Newsletter.
Je vous raconte tout ça sans plus tarder !
La stabulation
Je vais commencer par vous raconter ce qu’il s’est passé dans la stabulation. Ce bâtiment servait autrefois à abriter les vaches pendant l’hiver. Aujourd’hui, il s’apprête à entamer une nouvelle vie. Avec ses 420 m², il a été repensé pour accueillir d’un côté la future brasserie et de l’autre, l’atelier de bricolage collectif (bois, métal et mécanique). Courant novembre, Tiphaine et Ronan se sont attelés à la préparation des coffrages destinés à recevoir la dalle de la brasserie. Avec l’hiver qui approchait et l’envie d’avancer sur le projet, il fallait agir sans tarder. Le béton est en effet très sensible à la température : en dessous de 5°C la prise devient très compliquée. Au total, ce sont trois camions toupies qui sont venus livrer le béton. Sur trois demi-journées, près de 200 m² de dalle ont été coulés. Le chantier a donné lieu à une véritable petite chorégraphie collective. Bottes aux pieds, casque sur les oreilles, pelles et brouettes à la main, chacun s’est activé pour répartir le béton dans les coffrages. Une fois la surface remplie, il fallait passer la règle vibrante pour tirer et lisser le béton. Des caniveaux d’évacuation ont également été intégrés dans la dalle, ainsi qu’une légère pente afin de permettre l’écoulement des eaux usées, indispensable pour l’activité. Et avant même l’installation des cuves, la dalle fraîchement sèche a déjà trouvé une première utilité inattendue : le temps d’une soirée, elle s’est transformée en piste de glisse improvisée. Rollers et trottinettes y ont fait leur show jusque tard dans la nuit !
La maison
De son côté, la maison est devenue un lieu confortable pour vivre à plusieurs. Entre le poêle à bois qui réchauffe le salon, la grande cuisine bien équipée et la nouvelle salle de bain, l’hiver n’a clairement pas la même saveur que l’an passé… Nous avons d’ailleurs fait le choix d’installer deux salles de bains, afin d’éviter les embouteillages aux moments stratégiques de la journée. La chambre du rez-de-chaussée est presque terminée. Elle permettra bientôt d’accueillir des invités dans un espace chaleureux et intime. Il reste encore pas mal de finitions dans la maison telle qu’elle est aujourd’hui. Notre rythme de travaux collectifs a un peu changé ces derniers mois, chacun consacrant davantage de temps au développement de ses activités agricoles et personnelles. Les chantiers de la maison avancent donc plus doucement… mais sûrement !
La grange
Dans la dernière lettre, la charpente de la grange apparaissait complètement mise à nu. C’était le point de départ d’un nouveau chantier d’isolation de toiture à la paille. Cette fois-ci, le chantier s’est déroulé avec un peu plus de sérénité : les plans étaient dans nos têtes et l’expérience acquise sur la toiture de la maison nous a permis d’affiner certaines techniques.
Pour mieux comprendre le principe, voici une courte vidéo qui présente les détails de la conception de cette toiture. (Soyez indulgents, prendre des timelaps c’est facile mais faire une vidéo qui ne fasse pas trop année 2000 c’est une autre paire de manches hehe…). À terme, le fournil d’environ 50 m² prendra place sur le demi-étage, la partie gauche en entrant dans la grange.
Le chantier se poursuit désormais à l’intérieur, avec la rénovation complète de l’ancien plancher et l’aménagement du fournil. Nous vous en parlerons plus en détail dans la prochaine lettre, car pour l’instant, on a encore du pain sur le plancher.
Le verger de production
Fin novembre, nous avons planté 200 arbres fruitiers. Après les 50 premiers arbres installés l’an dernier, c’est désormais toute une ribambelle de pommiers et de poiriers qui se tiennent dressés dans la prairie !
C’est l’occasion de vous parler plus en détail du projet d’arboriculture que je mets en place progressivement. Aujourd’hui, la ferme compte deux vergers distincts. Le premier se trouve près de l’étang. Ceux qui sont déjà venus à la Villederie l’ont peut-être aperçu. On y trouve des pommiers, poiriers, pruniers et nashis. Ces arbres ont été greffés sur des porte-greffes de vigueur moyenne, ce qui signifie qu’ils entreront relativement vite en production : les premières récoltes devraient arriver d’ici 3-4 ans. Ces fruits seront principalement destinés à être consommés et vendus frais, comme fruits à couteau. Le second verger, planté cet automne, est visible depuis les grandes baies vitrées à l’étage de la maison — un point de vue dont on ne se lasse pas. Il accueille 150 pommiers de quinze variétés différentes, ainsi que 50 poiriers avec des variétés comme Sucré vert de Montluçon, Duchesse d’Angoulême, Conférence ou Williams. Ces arbres là ont été greffés sur franc, c’est-à-dire sur des porte-greffes issus de semis. Ce choix leur confère une grande vigueur et un enracinement profond, ce qui les rend généralement plus résistants aux maladies et mieux adaptés aux aléas climatiques. Ces fruitiers deviendront donc de grands arbres de plein vent, capables de produire pendant de nombreuses années (50 à 100 ans). En contrepartie, ils mettront plus de temps à entrer en production : il faut compter une dizaine d’années pour atteindre leur plein potentiel, contre environ cinq ans pour les arbres de vigueur moyenne comme ceux du premier verger. J’ai fait ce choix dans une logique de verger durable et résilient, avec des arbres plus autonomes et nécessitants moins d’interventions et de traitements. À terme, l’objectif est de produire du jus et qui sait… Peut-être qu’un jour la Villederie produira aussi son propre cidre ? Le projet arboricole ne s’arrête pas aux arbres fruitiers. Dès l’année prochaine, plusieurs plantes auxiliaires (ou plantes de services) seront plantées dans les rangs afin de créer un écosystème équilibré. Certaines espèces seront plantées pour favoriser la présence de certains oiseaux. Les mésanges, fauvettes ou rouge-queues par exemple participent activement à la régulation naturelle des ravageurs en consommant des chenilles, pucerons et autres insectes susceptibles d’attaquer les fruitiers. Le mélange comprend aussi des légumineuses fixatrices d’azote. Grâce à leur association avec certaines bactéries du sol, elles sont capables de capter l’azote de l’air et de l’intégrer progressivement dans le sol, contribuant ainsi à la fertilité naturelle du verger. D’autres espèces seront choisies pour leur capacité à produire rapidement une grande quantité de biomasse. Coupée, broyée puis restituée au sol, cette végétation apportera de la matière organique, nourrira les micro-organismes et favorisera la formation d’humus, améliorant ainsi la structure et la capacité de rétention en eau du sol. De nombreuses plantes mellifères offriront des floraisons étalées dans le temps, essentielles pour nourrir les pollinisateurs et les insectes auxiliaires comme les syrphes, les chrysopes ou les coccinelles, qui participent eux aussi à l’équilibre du verger. Et enfin, en plus de toutes ces plantes de services, des perchoirs permettront également d’attirer les rapaces, précieux alliés pour réguler les populations de campagnols, ces petits rongeurs qui peuvent causer d’importants dégâts en s’attaquant aux racines des jeunes arbres. L’idée est plutôt simple finalement : plus le verger est diversifié, plus il devient résilient et capable de s’autoréguler.
Multiplication et plantation de végétaux
Dans la continuité du travail autour des végétaux dont nous venons de parler, je voulais aussi vous présenter le projet de Lucas : multiplier des plants pour recréer des haies champêtres diversifiées autour de la ferme. Un petit point sur l’histoire des campagnes françaises pour situer le projet : Pendant des siècles, les haies bocagères ont structuré les paysages ruraux. Elles délimitaient les parcelles, protégeaient les cultures du vent, abritaient les animaux et formaient de véritables corridors de biodiversité. Mais à partir des années 1950-1960, avec la modernisation de l’agriculture d’après-guerre et les opérations de remembrement agricole, les paysages ont profondément changé. Les petites parcelles entourées de haies ont été regroupées afin de faciliter la mécanisation et le passage d’engins agricoles plus larges. Conséquence : des centaines de milliers de kilomètres de haies ont disparu en France en quelques décennies. Ces transformations ont permis de gagner en efficacité agricole, certes, mais elles ont aussi entraîné plusieurs effets négatifs : – une diminution importante de la biodiversité, – une plus grande exposition des sols au vent et à l’érosion, – et la disparition progressive de certains paysages ruraux caractéristiques. Des programmes publics encouragent la plantation de haies, et leur arrachage est encadré. Malgré cela, on continue tristement à perdre plus de 20 000 km de haies en France chaque année… Notre projet s’engage sur ce sujet : multiplier des arbres et arbustes pour recréer des haies diversifiées autour de la ferme. Nous avons planté 100 noisetiers pour l’occasion, et de nombreuses boutures et greffes sont au programme.
Jason , le neuvième Villederien
Vous connaissez sûrement maintenant Jason. C’est dorénavant officiellement le neuvième habitant de la Villederie ! Il nous a régalés de son beau potager l’an passé, et pour cette année, il se lance dans un nouveau projet : la création d’une carafrite avec les patates de la ferme. Le plan est de planter 225 kg de patates en avril afin de pouvoir en récolter quelques tonnes en fin d’été. Une fois récoltés ces patates auront pour but d’être transformées en frites et vendues lors d’événements dans les environs à bord de la caravane cuisine alors aménagée.
Faits divers
La patinoire :
Nous avons pu partager un moment particulier cet hiver lors des grandes gelées. Petite partie de hockey sur glace avec des balais et des galets. Puis on est allés marcher sur la Tardes ! 10 cm d’épaisseur. Note à nous-même pour l’année prochaine : trouver des patins à glace !
Auberge Sainte Radegonde :
L’auberge de Budelière a trouvé repreneurs ! Deux aubergistes ont décidé de reprendre l’auberge de Budelière. Quelle joie de savoir qu’un lieu de vie réouvre à Budelière. Nous leur souhaitons bonne chance pour ce beau projet !
Mendy et sa retraite :
Alice : Comme vous savez sûrement, nous avons accueilli Mendy, ponette de 26 ans, pour sa retraite au mois d’octobre. Ayant vécu 10 ans en semi-liberté avec des vaches sur un plateau lozérien, j’avais peur qu’elle ait du mal à s’adapter. Effectivement… Un soir, notre voisin, chez qui Mendy réside avec d’autres camarades à sabots, m’appelle pour me dire qu’elle est couchée depuis un moment et qu’elle semble très faible. Je cours la rejoindre : elle est maintenant relevée, mais à chaque pas elle manque de s’effondrer. Je ne l’ai jamais vue comme ça. J’appelle les vétos, qui arrivent au bout d’une heure. Elle serait affaiblie à cause des vers et du froid. Ils lui font deux piqûres et nous conseillent de la mettre au chaud. Notre petite grange nous semble être la meilleure option. Nous entreprenons alors de la guider jusque-là. Malheureusement, à bout de force, elle s’effondre lamentablement dans une flaque de l’allée. Impossible de la relever. Elle semble être à l’article de la mort. Cette vision est terrifiante ! On ne voit qu’une option : la pelleteuse. Nous passons deux sangles autour du ventre de Mendy et les attachons à l’engin, lentement Adrien la soulève et ainsi commence l’étrange procession de ce petit cheval amorphe dans les bras du géant de fer. Toute la Villederie s’active à préparer un bon lit de paille pour accueillir la malade. On l’y dépose et la bichonne pour qu’elle puisse se reposer. Aujourd’hui, Mendy va très bien ! Sans doute, le froid humide de la Creuse et l’herbe riche, ou encore les nombreux glands, ont pu lui causer quelques soucis. Elle a vécu un nouvel épisode similaire à Noël, c’est pourquoi elle va recevoir une couverte chaude, et que son régime sera mieux surveillé.
Merci encore aux woofeureuses, à la famille et aux copains de passage pour leur aide et pour la bonne ambiance de travail ! Si vous n’êtes pas encore passés, il est toujours temps, on vous recevra avec plaisir !
En attendant le printemps qui pointe doucement le bout de son nez, je vous dis à bientôt et au plaisir de vous accueillir ici quand vous en aurez l’occasion !
Célia pour l’équipe